Dernières infos

Chers amis,

Il est de tradition que je vous apporte quelques nouvelles de l'Helvétie. Et bien, les nouvelles sont mauvaises cette année. Fiers de notre indépendance, nous voulions toujours des normes différentes des vôtres, et cette fois, nous vous avons copiés. Et comme disait mon instituteur, copier, c'est pas joli, joli…

Seuls dans la sobre Europe, nous avions encore l'an passé le droit de conduire avec 0,8‰ d'alcool dans le sang, mais dès le 1er janvier, nous ne pouvons plus nous arrêter à la frontière au retour de France pour compenser cette différence éthylique, nous sommes alignés sur le 0,5‰ de nos voisins. Certes, la mesure devait à l'origine prendre effet le 1er janvier 2004, mais elle avait été retardée d'une année pour que les gendarmes s'habituent d'abord.

La consommation d'alcool a chuté, et la presse nous a informés des problèmes causés au monde viticole et à la restauration. Ma vocation scientifique m'a donc incité à mieux comprendre ce problème sur la base des statistiques officielles.

La consommation totale de vin en Suisse a été en 2004, soit avant l'introduction du 0,5‰, de 270'000'000 l pour l'ensemble de l'année, soit 38,6 l de vin par habitant ou à peine plus d'un dl par habitant et par jour. Convaincu que ce déci ne pouvait pas saouler la population helvétique, j'ai voulu connaître le taux d'alcool moyen de la population, et les modèles de calcul m'ont montré une alcoolémie moyenne d'environ 0,03‰. La population suisse est donc bien ingrate vis-à-vis des milieux de la viticulture et de la restauration de se contenter de 0,03‰ au lieu des 0,5‰ autorisés.

J'ai tenté le calcul inverse consistant à savoir combien la population suisse pourrait boire de vin pour ne jamais dépasser les 0,5‰. Tenant compte d'une population de 7'000'000 d'habitants dont 30% sont des enfants, ou des malades et des anti-alcooliques, ce qui revient au même, 4'900'000 personnes sont à même de résoudre les problèmes de mévente de nos vins. Les statistiques montrent un poids moyen de 65 kg des adultes, ce qui semble sous-estimé si je regarde mes compatriotes. Les modèles de calcul de l'alcoolémie indiquent qu'un adulte peut boire 1,5 dl de vin à 12° le matin à 10 heures, puis 1 dl toutes les 2 heures, soit au total 7,5 dl avant 22 heures, sans jamais dépasser les 0,5‰. Voilà qui est enfin raisonnable. Une bouteille 7,5 dl chaque jour pour chaque Suisse en bonne santé et responsable de son devoir viticole et gastronomique, cela représente 274 l par an et par personne, ce qui est plus raisonnable que les 38,6 l des statistiques officielles, et surtout 1'342'600'000 litres pour la consommation annuelle des Helvètes, soit plus d'un milliard de litres supplémentaires par rapport à la consommation actuelle.

Voilà donc de quoi épuiser rapidement tous les excédents de production suisse, mais aussi d'aider nos voisins français à absorber les vielles réserves de Romanée-Conti, Pétrus ou Yquem qui auraient séjourné trop longtemps en cave.

Chers amis,

Pour ne jamais être saoul, mais jamais non plus inutilement sobre, pour l'encouragement du travail de nos vignerons et de nos restaurateurs, pour ne pas dépasser le 0,5‰, mais pour ne pas rester stupidement trop en dessous, buvons. A votre santé!

Allocution de M. Pierre Blanc, président de la Délégation suisse, à l'occasion du Chapitre annuel à Dijon, le 6 novembre 2005.


Le site internet de la délégation suisse de la Commanderie des Cordons Bleus de France est accessible pour les premiers tests depuis le 17 décembre 2005.


 

© Commanderie des Cordons Bleus de France. Dernière mise à jour le 24.01.2010 . Webmaster