Le mot du Président
"A table!". Quel plaisir dans la vie d'entendre cette injonction, cet appel du fonds des âges, cette promesse qui nous réunit autour d'instants de vie et de plaisirs. Le plaisir... Dans notre société normée et bienpensante, les discours péremptoires de doctes personnes tendraient plutôt à diaboliser le plaisir de la nourriture, le transformant en bouc émissaire de l'épidémie d'obésité. Ce faisant, on a classé la gourmandise parmi les sept pêchés capitaux et, aujourd'hui, on impose une nouvelle norme "nutritionnellement correcte". Dans cet esprit, on passe, comme chat sur braise, sur les vraies raisons de l'embonpoint: le manque d'exercices et de mouvements. A l'instar des autres écrivains unissant amour des mets et des mots, œuvrant pour que cette tradition de plaisir reste à portée de mains et des yeux, Charles Monselet gastronome et poète sous le second Empire écrivait ainsi: "La gastronomie saupoudre d'étincelles d'or l'humide azur de vos prunelles, elle imprime à vos lèvres le ton du corail ardent, elle chasse vos cheveux en arrière, elle fait trembler d'intelligence vos narines. Elle est suave avec les fraises des forêts, les grappes des coteaux, les cerises agaçantes, les pêches duvetées, elle est forte avec les chevreuils et les faisans qui éblouissent". Si le repas est un moment de bien-manger, il est aussi un moment délicat d'esprit!
Georges Oberson, président