Histoire de la Commanderie des
Cordons Bleus de France
La Commanderie des Cordons
Bleus, crée en 1949, sous la présidence de Me Gaston-Gérard,
ancien Ministre, ancien Député-Maire de Dijon, assisté
d'un Conseil groupant de nombreuses personnalités, avait
pour but :
- De faire revivre l'Art Culinaire
sous toutes ces formes et dans ses traditions françaises.
- D'organiser des manistestions régionales,
nationales et internationales en faveur de la gastronomie, de
l'Art Culinaire, des Arts de la Table et des Produits de Qualité.
Mais son activité a dépassé
de beaucoup la gastronomie d'une province et d'un pays. Par ses
manifestations, ses réunions d'études et de saison,
ses travaux, elle est devenue la gardienne vigilante des Traditions
Culinaires de la Gastronomie Française et de la Gastronomie
Internationale.
C'est dans cet esprit qu'elle a eu
l'initiative, dès 1950, de créer les Etats Généraux
de la Gastronomie Française et de l'alimentation de qualité.
Dans leurs commissions permanentes et en novembre de chaque année,
dans leur session nationale, ils défendent la gastronomie,
les produits de qualité, pour en exalter le prestige en France
et dans tous les pays.
Sous l'impulsion de la Commanderie
des Cordons Bleus, ils se sont attachés en France au problème
du Respect des Dénominations et Qualifications Culinaires
et des Appellations de Produits Alimentaires. Enfin ils ont créé
en 1961, dans le même but de protection, un Centre Internationale
de Liaison pour la Protection des Dénominations Culinaires.
Enfin sous le titre désormais
consacré de "Gastronomie et Amitié" et avec
des patronages officiels, la Commanderie des Cordons Bleus, n'ayant
en vue que l'intérêt général, organise
dans différents pays des Semaines de Gastronomie Française.
La Table est en effet un lien et un carrefour de connaissances.
Aussi, en retour, une Semaine "Gastronomie et Amitié"
de ce pays a lieu dans une ville française.
Le terme "Cordons Bleus"
n'est qu'une évocation. Il ne faut pas le prendre dans le
sens de l'épithète courante s'appliquant aux cuisinières
de talent.
Pour bien symboliser son objectif d'action
utile, la Commanderie des Cordons Bleus a limité le cérémonial
d'intronisation à la remise officielle de l'insigne statutaire
et du diplôme.
La Commanderie des Cordons Bleus ne
réunit donc pas seulement gourmets et professionnels, mais
elle se consacre au Prestige, à la Sauvegarde des Produits
de Qualité et de la Gastronomie.
Délégation
suisse
C'est 20 ans après la fondation
de notre Commanderie, que Bernard Solier créait en 1969 la
délégation suisse, dont il a assuré la présidence
pendant 23 ans, jusqu'à son décès en 1992.
Mais dire qu'il en assurait la présidence,
c'est trop résumer son activité qui s'étendait
bien au-delà, puisque toute la vie de la délégation
suisse passait par lui.
Il faut aussi rendre hommage à
son épouse Marie-Jeanne qui l'a accompagné dans cette
tâche, ainsi qu'à Jacques Brunet, un des premiers à
mériter le panonceau de la Commanderie, et qui fut son successeur
à la présidence.
Depuis 1993, un nouveau conseil sous
la présidence de Pierre Blanc organise les activités
de la délégation suisse, en suivant la voie montrée
par Bernard Solier .
Chacune des 4 réunions de saison
débute par une manifestation culturelle. Celles-ci nous ont
amenés dans châteaux, musées ou autres sites
mémorables liés à l'alimentation.
C'est dans le même esprit que
nous avons organisé en 1995 un 1er Congrès International
de Gastronomie qui a rencontré un succès remarquable.
Mais c'est surtout grâce à
ses membres, les Commandeurs, que notre délégation
suisse est vivante, active, et doit le rester à l'avenir.

Bernard Solier
Président de la délégation suisse de 1969 à
1992
Petite histoire revisitée
des relations gastronomiques franco-suisses
Le rapprochement gastronomique entre la France et la Suisse est
très ancien. L'histoire des échanges gastronomiques,
c'est l'Histoire en général avec un grand H. Les conquêtes
gastronomiques sont liées aux échanges socioculturels
qu'ont été les guerres, les invasions, les alliances
ou l'envoi de mercenaires.
Ainsi les conquêtes romaines
nous ont tous soumis à la cuisine italienne, jusqu'à
ce que les Helvètes envahissent le midi de la France, soumettant
les Gaulois au régime alimentaire suisse. Mais César
veillait et à la bataille de Bibracte, il renvoya les Suisses
chez eux, ce qui lui permit d'exporter à nouveau pâtes
et pizzas.
Il faut ici corriger une petite erreur
des histoires d'Astérix, car si cet épisode helvète
permit aux Gaulois de manger suisse, ils ne purent encore tester
la fondue qui ne fut inventée qu'en 1529, mais ceci une autre
histoire.
Et Vercingétorix, roi des Arvernes,
avait, croit-on, trouvé son génie guerrier dans la
charcuterie, les cèpes et les fromages auvergnats. Que point,
Vercingétorix avait passé toute son enfance sous le
régime du chef helvète Orgétorix, et avait
donc été gavé de lait, de chocolat et de fromages
suisses.
Passons sur l'obscur Moyen-Age, où
les Suisses dégustent la cuisine burgonde jusqu'en 534, puis
celle des Francs.
Au XVe siècle, le pays de Vaud,
ma patrie, est heureux. Nous sommes bourguignons. Nous mangeons
le buf et les escargots du même nom. Mais voilà
que les autres Suisses, ces brigands, ces pillards, viennent ennuyer
Charles le Téméraire, qui a le mauvais goût
de se laisser chasser de chez nous après les batailles de
Grandson et de Morat. Notre vin ne peut plus porter l'appellation
contrôlée Bourgogne.
Après la fameuse bataille de
Marignan, en 1515, les Français et les Suisses décident
d'une paix perpétuelle. Mais les Suisses s'ennuient sans
guerres et sans conquêtes gastronomiques. ils signent donc
en 1521 avec la France un Traité des mercenaires, qui leur
permet d'aller jouer en Europe et d'en ramener recettes de cuisine
et produits régionaux.
La fin des soucis guerriers internationaux
leur permet aussi, enfin, de se battre entre eux, chaque paix permettant
d'organiser un grand repas fraternel. C'est ainsi qu'ils dégustent
enfin en 1529 la soupe au lait de la bataille de Kappel, aujourd'hui
appelée fondue.
On voit donc l'importance de la gastronomie
dans I'Histoire, avec ses échanges, ses conquêtes ou
ses défaites. Mais laissons aux Français le plaisir
d'appeler la grande cuisine, "Cuisine française",
avec un clin d'il pour ses lointaines origines, plutôt
bourguignonnes, aussi françaises, et pourquoi pas, un peu
suisses.
Allocution de
M. Pierre Blanc, Dr ès sciences, à l'occasion des
Etats généraux de la gastronomie à Dijon le
6 novembre 1994.
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